{"id":108,"date":"2013-07-03T11:50:04","date_gmt":"2013-07-03T11:50:04","guid":{"rendered":"http:\/\/wineandnoise.com\/articles\/?p=108"},"modified":"2014-02-19T14:44:03","modified_gmt":"2014-02-19T14:44:03","slug":"barou-zero","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/barou-zero\/","title":{"rendered":"Allers-Retours entre Savoir et Faire"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"wi-dropcap\"><span style=\"display:none;\">O<\/span><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/themes\/blank\/images\/aoc\/aoc-o.gif\" alt=\"o\" \/><\/span><strong>n voit\u00a0d\u2019ici la nappe \u00e0 carreaux<\/strong>, le pot d\u2019C\u00f4te et son cul de verre \u00e9pais, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du gras double, le truc qui t\u00e2che mais qui sauve, l\u2019amnistie du bon go\u00fbt. Le St Jo est indissociable du plaisir de sombrer l\u00e2chement sous la cochonaille de cochon, de laper cette derni\u00e8re goutte de gn\u00f4le. Attention, on reste sur une valeur s\u00fbre, la charpente et les \u00e9pices pour ce qu\u2019il faut d\u2019\u00e9l\u00e9gance. N\u2019allez pas d\u00e9nigrer les merveilles. Mais il y a ce je-ne-sais-quoi de sourire en coin \u00e0 l\u2019\u00e9vocation de cette appellation entre Ard\u00e8che et Loire, d\u00e9partements de hauts vols. Les portes ouvertes du Domaine Barou, dans le cuvage familial transform\u00e9 en bouchon, en rajoutent \u00e0 peine au portrait : une d\u00e9gustation vivante, un savoir-faire malicieux et cette capacit\u00e9 \u00e0 peine masqu\u00e9e \u00e0 r\u00e9inventer discr\u00e8tement. Une rigueur toute en nonchalance, une technique un peu lunaire (biodynamie) mais s\u00fbre d\u2019elle (bah ouais\u2026 La lune). <strong>Emmanuel Barou<\/strong> fait du vin comme <strong>Z\u00ebro<\/strong> font de la musique. Ambiance film muet, cet air de ne pas y toucher en plein boom du tactile. Quand on a trop de choses \u00e0 dire, on se tait ?\u00a0Rencontre avec Emmanuel Barou, vigneron ; Frank Laurino et Ivan Chiossone, rockeurs.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">La souplesse du poignet<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Droit derri\u00e8re ses f\u00fbts, m\u00e9tronomique, m\u00e9canique impassible, thermodynamique des fluides. Il y a un swing particulier de celui qui cogne. Appelons souplesse la capacit\u00e9 \u00e0 tenir la rigueur avec \u00e9l\u00e9gance. Confirm\u00e9 par l\u2019int\u00e9ress\u00e9, Frank Laurino, batteur de luxe : \u00ab\u00a0<i>travaille la souplesse de ton poignet, c\u2019est la base d\u2019un batteur\u00a0<\/i>\u00bb. Inutile de forcer les passages, une claque s\u00e8che est aussi vigoureuse qu\u2019une grosse fess\u00e9e. C\u2019est toute la subtilit\u00e9 de la musique de Z\u00ebro, jamais agressive mais suffisamment intrigante pour laisser planer la crainte. Jamais facile mais sans se d\u00e9partir d\u2019une ironie ultra-r\u00e9f\u00e9renc\u00e9e. Profonde mais pas chiante, du post-blues qui passe du rire aux larmes, tout en souplesse.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border: 0; width: 100%; height: 42px;\" src=\"http:\/\/bandcamp.com\/EmbeddedPlayer\/album=2052728993\/size=small\/bgcol=333333\/linkcol=e32c14\/t=1\/transparent=true\/\" height=\"240\" width=\"320\" seamless=\"\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<i>Je voulais faire une cuv\u00e9e sp\u00e9ciale, j\u2019ai pris mes plus vieilles vignes, plant\u00e9es sur les parcelles les plus frustres, trier les plus beaux raisins pour faire quelque-chose de sp\u00e9cial. On d\u00e9guste avec mon \u0153nologue : rien, pas de diff\u00e9rence. A quoi \u00e7a sers de se casser la t\u00eate pour un r\u00e9sultat \u00e0 peine diff\u00e9rent<\/i>\u00a0? \u00bb Inutile de forcer les choses, rouler les m\u00e9caniques n\u2019est pas son genre. Mais chercher toujours et encore, \u00e9voluer dans des allers-retours entre savoir et faire. Alors on reprend le processus, on ausculte le rythme des transformations et en souplesse on corrige, on change discr\u00e8tement les m\u00e9thodes pour caresser le raisin dans le sens de sa pellicule charg\u00e9e. \u00ab\u00a0<i>J\u2019ai vinifi\u00e9 directement dans les barriques, j\u2019ai repris cette vieille pratique, on a rien invent\u00e9. En douceur, je mac\u00e8re, j\u2019accompagne les \u00e9changes entre le fruit et le bois. On a juste adapt\u00e9 le travail des anciens<\/i>\u00a0\u00bb. Et \u00e7a donne Terra Nostra, un St Joseph profond. Texture soyeuse, tanins fins et serr\u00e9s comme disent les pros, il caresse la langue mais ne l\u2019endort pas, suffisamment de fraicheur comme un larsen contenu, une forme d\u2019opulence mais pas effondr\u00e9e. Avec la subtilit\u00e9 de celui qui sait s\u2019effacer \u00e0 temps, il me laisse d\u00e9guster.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Extraire et transformer<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils le disent\u00a0eux-m\u00eames\u00a0sans fausse modestie \u00ab<i>\u00a0on a vraiment rien invent\u00e9<\/i>\u00a0\u00bb. Mais ils travaillent une mati\u00e8re comme personne : le rock\u2019n\u2019roll, la noise, le blues, la no wave ; ils t\u00e9lescopent et synth\u00e9tisent, virtuoses manipulations des r\u00e9f\u00e9rences, ces gars qui \u00e0 20 ans kiffaient la vibe avec Lee Ranaldo ne peuvent s\u2019arr\u00eater \u00e0 un post-quelque-chose, sinon un juste \u00e9quilibre entre les punks et les perruques blanches r\u00e9unis par des \u00e9pingles. Emmanuel Barou garde ce regard amus\u00e9 et toujours neuf sur son travail : \u00ab\u00a0<i>j\u2019ai repris le travail de mon p\u00e8re, le domaine est en bio depuis plus de 40 ans.<\/i>\u00a0\u00bb Dans la continuit\u00e9, une histoire de famille que l\u2019on respecte et qu\u2019on fait \u00e9voluer calmement, des acquis que l\u2019on int\u00e8gre en douceur aux am\u00e9liorations et changements de technologies. En souplesse, toujours, sans se d\u00e9partir d\u2019un doute salvateur ni d\u2019une tranquillit\u00e9 d\u00e9sarmante \u00ab\u00a0<i>l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e j\u2019ai perdu ma production, mauvais suivi, en bio \u00e7a pardonne pas\u2026 On se rattrapera la prochaine<\/i>\u00a0\u00bb. Cette ironie de celui qui en a vu d\u2019autres, qui en verra d\u2019autre. Comme dirait l\u2019autre\u00a0<a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Khdxyh8lgVc\" target=\"_blank\">ici\u00a0<\/a>\u00ab\u00a0<i>D\u00e9sol\u00e9 j\u2019ai merd\u00e9<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.the-drone.com\/magazine\/post\/4033\/player\" height=\"363\" width=\"620\" frameborder=\"no\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Extraire et transformer, synth\u00e9tiser pour re-cr\u00e9er, sans cesse, un processus de cr\u00e9ation en spirale que d\u00e9cris Ivan \u00ab\u00a0<i>En gros on improvise, on improvise\u2026on fait des reprises pour d\u00e9conner quand on en a marre d\u2019improviser\u2026et quand on aime bien un truc, on essaye de rejouer ce truc ; et si on y arrive et que \u00e7a continue \u00e0 nous plaire, \u00e7a devient un morceau \u00bb<\/i>. Avec la tentation de recourir aux facilit\u00e9s, aux technologies, aux substituts, \u00e0 l\u2019infinit\u00e9 des possibles qu\u2019ils soient guitares, synth\u00e9s, thermo-r\u00e9gulateurs ou autres, il faut parfois avoir ses limites comme ambition. Cette \u00e9conomie des moyens donne le juste regard sur les passages en fanfares des grandes mises en sc\u00e8ne. Avec un sourire en coin, \u00ab\u00a0<i>on a rien invent\u00e9<\/i>\u00a0\u00bb \u2026 Domaine Barou ou Z\u00ebro, faire l\u2019\u00e9loge des traditions en s\u2019en moquant. Ouais t\u2019as vu? la hype c\u2019est o\u00f9 d\u00e9j\u00e0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-23\" alt=\"IMG_0553\" src=\"https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0553-1024x1024.jpg\" width=\"940\" height=\"940\" srcset=\"https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0553-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0553-150x150.jpg 150w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0553-300x300.jpg 300w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0553-350x350.jpg 350w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0553-460x460.jpg 460w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0553-770x770.jpg 770w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0553-570x570.jpg 570w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0553-940x940.jpg 940w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0553.jpg 1049w\" sizes=\"(max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Les choses basiques<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ont ceci en commun : la cave. Lieu d\u2019\u00e9laboration, d\u2019affinage, de processus secrets avant de sortir au grand jour. A tel point que les industries du Roquefort continuent \u00e0 nous sortir le coup du gars qui caresse les meules. La cave est magique, grottes aux tr\u00e9sors, effluves cach\u00e9es et privil\u00e8ge de ceux qui entrent quand les autres s\u2019arr\u00eatent \u00e0 l\u2019\u00e9coute sur CD ou d\u00e9gustation sur un tonneau dans le hall d\u2019entr\u00e9e. Pour pas f\u00e2cher le client on appelle cet acc\u00e8s interdit \u00ab vinoth\u00e8que \u00bb, c\u2019est plus chic pour une pilule. Mais la cave est aussi l\u2019image des r\u00e9alit\u00e9s terrestres. Celles o\u00f9 \u00e7a bosse, \u00e7a man\u0153uvre, \u00e7a chope de la corne sur les mains, \u00e7a se plante et \u00e7a ne doit pas se voir. Ce c\u00f4t\u00e9 clope au bec de ceux qui usinent sans en faire des tonnes. \u00ab\u00a0<i>Va vider le sceau de pisse<\/i>\u00a0\u00bb me demande ce mythe de la caisse claire, comme un rappel aux r\u00e9alit\u00e9s d\u2019un luxe absent : un local sans chiottes. J\u2019ai les m\u00e9lop\u00e9es de\u00a0<i>fast car<\/i>\u00a0en t\u00eate quand je retourne cette Terra Nostra dans la bouche, si riche et pourtant \u00e9vidente. Caressante dans son \u00e9quilibre bois\u00e9\/fruit\u00e9, tout en souplesse j\u2019en oublierai presque de cracher. Tanins fin et serr\u00e9s ? Enl\u00e8ve ton slim et danse sur les com\u00e8tes fines et serr\u00e9es de Z\u00ebro. Laisse aller ton poignet, c\u2019est Frank Laurino qui te l\u2019dit.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-22\" alt=\"IMG_0125\" src=\"https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0125-1024x1024.jpg\" width=\"940\" height=\"940\" srcset=\"https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0125-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0125-150x150.jpg 150w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0125-300x300.jpg 300w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0125-350x350.jpg 350w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0125-460x460.jpg 460w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0125-770x770.jpg 770w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0125-570x570.jpg 570w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0125-940x940.jpg 940w, https:\/\/wineandnoise.org\/articles\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/IMG_0125.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On voit\u00a0d\u2019ici la nappe \u00e0 carreaux, le pot d\u2019C\u00f4te et son cul de verre \u00e9pais, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du gras double, le truc qui t\u00e2che mais qui sauve, l\u2019amnistie du bon go\u00fbt. 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